Maison du Lac



"Réhabiliter sans dénaturer, voilà où excelle Thomas Vidalenc." - Bruno de Laubadère, AD, 2004.

Un corps de ferme en état de péril, situé à 950 mètres d'altitude et surplombant un lac, à transformer en maison d'habitation.

La restructuration de ce bâtiment, construit en 1775 et 1825, de 42 mètres de longueur sur 8 mètres 30 de largeur, quasiment aveugle, s'effectue par un travail de découpes et de contraposition.

Une trame tridimensionnelle de 75 cm. de côté, lisible au sol, est d'emblée appliquée au corps de ferme, afin de lier les éléments historiques et la restructuration moderne projetée.

Le pignon aveugle situé face à la vallée est tranché dans toute sa masse, à deux mètres en retrait, cette façade étant simplement ôtée, afin d'ouvrir le bâtiment sur le site et apporter à la maison la lumière nécessaire aux pièces principales. Ce procédé évoque l'œuvre du photographe Gordon Matta-Clarck, dont les découpes révèlent l'architecture et créent un dialogue avec l'extérieur.

Parmi les vastes espaces monumentaux et vides du corps d'origine, seule une véritable pièce se distingue : la salle de ferme de 1825, dont les éléments – boiseries d'origine, escalier, foyer de cheminée, etc. – sont simplement restaurés; les mêmes matériaux sont utilisés dans la création de la maison d'habitation : merisier, pierre de lave, métal, permettant d'obtenir une cohérence de l'ensemble.

Au cœur de la trame tridimensionnelle, un volume vertical de béton armé, finition stuc, forme le point d'orgue de l'intervention moderne, marque le nouvel escalier principal d'un côté et abrite, de l'autre, certaines installations techniques (cuisine, salle de bain). Cette structure de béton en H scinde les volumes principaux, isolés par des parois de bois évoquant les boiseries mises en œuvre plus de 170 années plus tôt dans la salle de ferme.

En dépit de sa présence massive, ce bloc, tout comme l'escalier, les gardes corps et les parois de bois, respecte une règle unique imposant que les matériaux neufs et les structures nouvelles ne fassent qu'effleurer, sans les toucher, les constructions déjà existantes, mettant ainsi en évidence une contraposition des architectures historiques et modernes.

Cette contraposition est renforcée par l'aspect lisse, précis et privé de toute imperfection de la restructuration (béton apparent, façades vitrées, menuiseries), par opposition au caractère irrégulier, mélangé et accidenté des murs sur lesquels se sont abattus, pour certains, plus de deux siècles d'histoire.

Les intervalles et incisions qui séparent les uns des autres permettent d'en lire la distance.

Les ouvertures ne sont créées que par des découpes ''chirurgicales'' ouvrant la maison sur l'extérieur et révélant la masse monumentale du corps d'origine et ses murs, d'une épaisseur d'un mètre.

L'extension construite à l'arrière, à 75 cm. de distance du mur extérieur nord, est d'une structure en béton et d'une pierre de lave en provenance de la même carrière que celle d'où fut extraite, quelques siècles auparavant, la pierre des, bâtiments d'origine.

Cette extension, qui abrite certains des espaces de fonctionnement de la nouvelle maison (vestiaire, buanderie, sanitaires, etc.), est liée par des passerelles et une verrière au corps d'origine, dont elle préserve la monumentalité.

La maison achevée forme un ensemble cohérent, qui permet aux occupants de parcourir et de lire quotidiennement, sur plus de deux siècles – 1775 à 2000, date d'achèvement – le temps qui passe et la mémoire du lieu.